Au sommet d'une dernière montée, pénible, parce que c'est la fin d'une étape de 28 kms et aussi parce qu'il fait chaud, avant d'apercevoir une tour austère et le clocher pointu d'une église, entendre, en approchant, des voix familières qui apparemment se sont déjà arrêtées, et la seconde qui suit, voir tout ce petit monde en conversation avec Jean Pierre devant le domaine de Sénos, où nous nous arrêtons aujourd'hui. Quel bonheur et soulagement!
C'est ainsi que s'est terminée pour moi une semaine de marche avec les "pélerins nordistes" grossis de deux membres supplémentaires pour le week-end, à Sénergues, éloigné de 9 kms de Conques, considéré comme un premier aboutissement pour celui qui marche sur la via Podiensis (chemin du Puy-en-Velay).
De la fenêtre de la chambre, une belle campagne paisible s'offre en spectacle : une succession de vertes prairies légèrement arrondies et séparées par de grands bouquets d'arbres au vert encore tendre et aux taches blanches ( celles des fruitiers en fleurs) , le tout sur une vaste colline qui monte à l'horizon; quelques oiseaux gazouillent tout près de nous; dans la prairie la plus proche, des vaches blanches dégringolent la pente en quête de fraîcheur et d'ombre. Nous avons trouvé un coin idyllique pour nous reposer cette nuit. C'est d'ailleurs dans ce genre de paysages que nous avons évolué pendant la journée, montant et descendant les côtes de la vallée du Lot, avec de temps en temps de jolis points de vue sur les villages aux toits de lauzes ou d'ardoises. Le pays d'Olt plus souriant a remplacé le plateau austère de l'Aubrac, où les immenses prés, parsemés de moraines granitiques sont séparés par des murets de pierres, et pendant des kilomètres, pas âme qui vive, sauf quelques pélerins... En cette saison, la lande est couverte de milliers de jonquilles (vous imaginez le ravissement! ) et nous avons eu la chance de traverser le plateau par un temps magnifique, ce qui n'est pas toujours le cas d'après les échos nombreux que nous en avons eus. Un pélerin, parti du Puy le même jour que nous, s'était équipé d'une corde, afin d"encorder" ceux qui auraient besoin d'aide " en ce lieu d'horreur et de vastes solitudes" (guide du pélerin , 1140) . Qu'a-t-il fait de son matériel d'alpiniste?
Si certaines rencontres sont originales, d'autres et les plus nombreuses sont plus conviviales, et c'est ainsi que s'entament des conversations intéressantes sur le chemin ou aux étapes le soir. Basque, couple Jurassien et Tchèque, Bourguignons, Avignonnais, Suissesse, Allemands, Japonaise, Québecois, (pour parler de ceux que nous avons appréciés) que de nationalités et de français de régions différentes se retrouvent sur le chemin des étoiles... Comme le disait justement un Bourguignon à l'accent savoureux : "Les félés (pour les autres) qui se trouvent sur le chemin constituent peu à peu une famille." Et même si on a mal aux pieds, on est bien à marcher sur les sentiers et à découvrir quelques petites merveilles, du point de vue paysages, mais aussi édifices, souvent religieux. C'est ainsi que nous avons découvert une église romane, l'église de Perse, non loin d'Espalion, en grès roses, dans un environnement de verdure rendant le lieu tout simplement magique.
Pour terminer, autres rencontres et autre lieu magique : le couvent des Ursulines de Malet, à St Côme d'olt. Nous avons reçu là une belle leçon d'hospitalité et de dévouement, le tout dans des conditions de confort tout à fait acceptables (ce qui n'est pas rien lorsque nous arrivons très fatigués!) .
A propos, connaissez-vous l'aligot? Pour ceux qui sont, comme moi, ignorants, sachez qu'il s'agit d'une savoureuse purée de pommes de terre enrichie de crème fraîche et d'une tome de moins de huit jours et qui file, file, file encore...
LaPVES en bonne compagnie au pays aveyronnais et son vent'che Jean Pierre qui prend le soleil comme les lézards qui s'enfuient à notre approche.
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